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Du rituel aux gestes barrières

Parmi les évidences que la pandémie a mises en lumière, celle de l'importance de l'hygiène revient sans cesse. Avec la modernité, il semble que l'humain ne se préoccupe guère de transmettre des gestes simples d'hygiène sous prétexte que les couverts en plastique, les lingettes, les papiers mouchoirs, tous les jetables nous protégeraient des microbes et autres dangers invisibles. Les mains ne se lavent plus aussi souvent, sauf dans les cultures où l'on mange encore avec ses doigts. Les gestes barrière d'aujourd'hui font écho aux pratiques quotidiennes observées  dans  les anciennes maisons indiennes.

Photo Credit: Nita Jatar Kulkarni

Je me rappelle de la maison traditionnelle tamoule de mes grands-parents dans leur petit village du Tamil Nadu. c'était un bâtiment traversant avec sa toiture en tuiles rouge brique, sa porte cochère basse où l'on devait s'incliner pour entrer. Lorsqu'on accueillait des personnes extérieures ou lorsqu'on rentrait à la maison, de véritables rituels d'hygiène se mettaient en place.

  • Première mesure de protection de l'habitant : au seuil,  un joli kôlam tracé à la farine de riz et de calcaire blanc sur un parterre de terre enduit de bouse de vache : une véritable barrière pour désinfecter l'entrée de la maison de manière naturelle. (voir l'article sur le kôlam)
  • Deuxième mesure : l'accueil des visiteurs dans un thinnai (petit porche à l'entrée, flanqué de bancs fixes face à face pour recevoir des étrangers ou des gens de passage à une distance de plus d'un mètre) juste avant la porte d'entrée. 
  • troisième mesure pour la famille et les amis : son vaasal, un  dégagement où laisser ses savates ou  chaussures ainsi que le parapluie.
  • Quatrième mesure : en passant la porte, en face, des colonnes en bois de rose encadrent la place centrale couverte : le taazhvaaram et le nadu vaasal, une cour intérieure rectangulaire à ciel ouvert, plus bas que le reste de la maison, un atrium implivium. De l'eau est entreposée dans un récipient pour se laver les pieds, les mains et le visage. Cet espace aère entièrement la maison et laisse le soleil pénétrer à l'intérieur, l'eau de pluie y est récupérée. La personne qui rentre chez elle se change immédiatement : vêtement de sortie et vêtement de maison sont bien distincts.
Mangala Heritage Home, Nagappatinam
  • Cinquième mesure : l'hôtesse de la maison vous  attend avec un chombou d'eau (petit récipient en forme de cruche) que vous buvez sans y poser les lèvres avant de vous proposer café ou thé. En Inde, boire au goulot signifie "souillure". Cette pratique évite la contagion par la salive  (mononucléose, herpès, angine à streptocoque, grippe, gastro-entérite, rhume et aujourd'hui le COVID-19 !)
  • Sixième mesure : celle qui cuisine ne goûte jamais sa préparation directement dans la cuillère qui sert à touiller mais en versant quelques gouttes sur sa paume.
  • Septième mesure : chaque membre de la famille possède une timbale et une assiette portant l'inscription de son prénom. 
  • Huitième mesure : toute la vaisselle lavée est séchée au soleil dans l'atrium (destruction de tout microbe ou virus par la chaleur)
  • Le transport des sacs de riz et du bois vers la cour arrière par des gens autres que ceux de la maison s'effectuait par un passage longeant la façade, évitant ainsi tout le rituel d'ablutions nécessaires à chaque allée et venue.

J'en oublie encore, mais aujourd'hui, l'architecture des maisons ne permet plus les ablutions ni l'aération naturelle (plus de nadu vaasal). Mais grâce à la conscience écologique collective et à cause de la pandémie, les gestes ancestraux d'hygiène reviennent à l'esprit de chacun. Même s'ils retrouvent leur place légitime dans les familles, les véritables maisons traditionnelles se font de plus en plus rares et il est difficile d'appliquer toutes les mesures de protection. 

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