Journée d'une femme indienne "moderne"

Publié le par Astia


Si vous avez lu mon billet sur la journée d'une indienne et que vous avez été impressionné par sa demi journée, voici aujourd'hui le quotidien d'une mère de l'Inde du sud qui travaille .


Si c'est une femme riche, le travail décrit ci-dessous est effectué par une ou plusieurs femmes de ménage. Si c'est un ménage aux revenus modestes, c'est elle-même qui fait tout.

Levée à quatre du matin (ça commence comme pour la femme champêtre! ), elle se rend à la
cuisine où elle change l'eau des cruches en inox car l'eau potable est encore et toujours rationnée : de 5h30 à 8h30 si la pression est assez forte à midi pendant une heure et le soir pendant
trois heures.


Elle se dépêche de mettre le moteur en route pour remplir le réservoir de 500L installé sur la terrasse de sa maison afin que les lève-tard (façon de parler, c'est six heures du matin)
bénéficient encore de l'eau pour leur toilette. Que ce soit en ville ou en zone rurale, l'eau reste la principale préoccupation et l'heure de réveil reste toujours le même en raison des
contraintes qui y sont liées et ce , malgré les progrès technologiques.


Vers cinq heures,  elle balaie puis lave le seuil de sa porte
d'un jet d'eau avec son tuyau d'arrosage et y trace un kôlam sur le bitume en évitant de justesse de se faire écraser par les camions de livraisons qui arrivent tôt le matin dans sa ville.


Elle s'affaire pendant une heure trente dans la cuisine. Tout est plus facile avec les appareils ménagers et l'alimentation emballée, prête à consommer : petit déjeuner indien  en plus des céréales et des pains de mie qu'elle pose sur la table ainsi que la préparation des gamelles de repas pour elle, ses enfants ( pas de cantine dans les écoles) et son mari.


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Justement, l'homme de la maison est allé acheter des sachets de lait frais dans un coin de rue à quelques mètres de là , c'est sa marche quotidienne puis vient aider sa femme à couper les légumes
s'il fait partie de  ceux qui se disent modernes, évidemment.


Entre temps, la mère va réveiller ses enfants , leur fait prendre une douche, leur repasse leur uniforme et leur peigne les cheveux.


Elle va ensuite prendre sa douche, vite fait bien fait, choisit un churidar ou un pantalon et un chemisier ou un sari selon son envie, se maquille et prend soin de son apparence.


Vite, il est déjà 7H30, elle prend son scooter, installe un enfant debout devant, un enfant assis à l'arrière et va les déposer à leur école avant d'aller au travail. Si ce n'est pas elle , c'est son mari.



Sa joie, c'est de retrouver ses collègues, partager son repas avec eux, aller boire un café ensemble. Elle est une battante dans son travail et réussit à gravir les échelons par son sens de
l'initiative.


Le soir, elle fréquente des salles de fitness, ou fait une longue marche sur le front de mer comme les centaines de personnes qui recherchent la brise marine, une communion avec la nature après
une journée bien remplie.Elle vérifie ses mails, va sur Facebook retrouver se amis, sa famille tout en surveillant que les enfants font bien leurs devoirs,  au pire apprend leur leçon, pour
que,  de temps à autre, sur le chemin de l'école , elle puisse leur poser des questions.


Elle revient préparer le dîner du soir si ce n'est déjà fait par le mari (de plus en plus fréquent)et s'installe ensuite devant son poste de télé pour regarder les nombreuses  séries dans
les quelques deux cent chaînes disponibles :  une évasion dans la vie imaginaire d'autrui.


Les familles sont "nucléaires" maintenant; les grandes tribus familiales ont éclaté avec le départ des enfants et de leur famille vers les lieux de travail de chacun. Cela donne à la femme une
gestion plus facile de son foyer, une souplesse dans son emploi du temps et plus d'autonomie.


La femme indienne d'aujourd'hui allie traditions et modernité en s'occupant en majeure partie de son foyer, sort de plus en plus seule sans son mari, s'octroie des sorties avec ses amis (ce qui
peut paraître normal ici ne l'était pas il y a encore dix ans en Inde) et n'oublie jamais de consacrer du temps pour les études de ses enfants, seule vraie raison de gagner plus en travaillant.
Elle est certes plus autonome, plus indépendante et c'est sans doute cette rapidité d'ascension sociale de la femme qui irrite les misogynes. 

Peut-on dire pour autant qu'elle est plus libre? Pour l'Inde, oui, c'est un bond vers l'émancipation totale de la femme et elle en est consciente. Mais il reste encore un long chemin à parcourir,
dans la douleur et dans la lutte, pour briser les chaînes qui la retiennent encore au second plan, que ce soit en Inde ou dans le reste du monde, d ailleurs.

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Jade 21/08/2015 13:01

Bonjour,
Je suis contente d'avoir lu cet article sur la journée des femmes indiennes. Cependant, je trouve que leur journée ressemble un peu à celle de toutes les épouses et mères de famille. Moi, je me lève vers 6 heures, je me lave et prépare le petit-déjeuner. Puis, je prépare les enfants pour l’école, je me change et me maquille. Le soir, je commence à faire la cuisine pour toute la famille tout en aidant les enfants à faire leur devoir.

Astia 03/09/2015 17:43

Oui, c'est vrai , toutes les mamans se ressemblent dans le monde.

chanakya 02/02/2015 12:04

cela me fait rigoler : vous avez fait beaucoup d'efforts mais il manque une analyse différente et un regard neuf non calqué sur l'homme typé d'occident ; vu à travers les lunettes d'un occidental qui a des idées bien arrêtées sur le sens du terme "modernité" et qu'il compare la vie d'une indienne soulignant les différences comme si elles étaient toutes négatives pour l'Inde et positives pour l'occident (je ne dis pas la France qui n'est qu'une satellite des E.U.) Qui a le droit de définir ce qui est moderne et ce qui ne l'est pas. Si travailler comme une dingue pour un patron qui n'a de cure si elle est vivante ou morte en délaissant la famille et s'occupant moins de ses enfants et son mari. Qui a besoin d'elle ? un homme qui s'en fout ou ses enfants qui grandissent qui ont besoin d'éducation et des récits merveilleux imprégnés de moralité , de "dharma", contés et racontés par des générations en Inde .les priver de tout ça au nom d'une modernité qui n'est "esclavage" moderne...Heureusement, toutes les femmes n'ont pas encore abandonné leurs enfants en Inde grâce à quoi nous avons plus d'étudiants qui franchissent le seuil d'une université qu'en France...Faire des femmes raides et remplies d'égo ? les hommes Indiens ne connaissent pas la souffrance des hommes "modernes" mais avec votre contamination , certains esprits faibles peuvent tomber dans vos pièges.

Astia 16/02/2015 15:31

Vanakkam Chanakya, merci d'avoir réagi à mon article mais n'y voyez ni vérité absolue, ni critique des hommes ou des femmes. je partage ici ce que j'ai moi même vécu, de l'intérieur. Je n'ai aucune prétention de "contamination" ( de quoi d'ailleurs?) ou une volonté de "tendre des pièges" à quiconque (dans quel dessein?) c'est dommage que vous l'ayez pris dans ce sens.

visit here 29/09/2014 10:51

I think the women living in India are more attached to their husband and children and of course their families. If we check out their life we can see that, they sacrifice many things in their life for the sake of family.

Astia 03/09/2015 17:58

good analysis !

Marine 05/04/2013 08:54


Les femmes indiennes sont destinées à travailler dur, et chaque matin, une longue journée les attend. A lire votre blog, il y a tant de choses à faire pour une maman indienne. Aujourd’hui, elles
ressemblent de plus en plus aux femmes modernes, plus libres et peuvent sortir sans escorte. Je me demande si dans une dizaine d’années, les femmes indiennes ne porteront plus de sari.

Astia 05/04/2013 10:40



Merci Marine pour votre point de vue qui vient étayer l'article. Effectivement la femme indienne quii travaille est parfaitement consciente de la chance qu'elle a par rapport à sa mère ou ses
aiëules mais elle arrive encore à jongler entre la tradition et la modernité. Le sari a de beaux jours devant lui surtout dans le sud où les femmes sont moins occidentalisées et il demeurera la
tenue privilégiée pour les soirées mondaines dans toute l'Inde jusqu' à ne plus devenir qu'un costume national... mais cela n'arrivera pas, pas dans un avenir proche en tous cas.